• Un Défenseur Puissant 

    (2ème  partie)

     

    Ces bruits venaient de la case aux esclaves. La foule s'était accumulée autour de l'ouverture. Il entendit la voix criarde d'un de ces généraux en furie qui était d'une telle intensité qu'elle surpassait le vacarme des femmes en larme , et les voix des hommes qui semblent tonner sur un coupable. Le générale sorti son couteau pour s'apprêter à tuer. Le roi apercevant une silhouette brandir une arme, senti l'urgence de la situation. Il s'avança vers le centre de la zizanie tandis que ses hommes lui frayaient un chemin au sein de la foule. " Je t'ordonne d'arrêter, lui dit-il à son générale ». Il vit sur le sol un de ses soldats baignant dans son sang et devant lui, celui qui allait subir la loi de talion. C’était un prisonnier de guerre. "Il a tué l'un des nôtres ! " criait le peuple," Il n'a fait que se défendre!" rétorquait le peuple prisonnier entassé tel des bêtes dans les cases. "Tuez-le"…. épargnez-le!" …. La foule disait une chose et les prisonniers en disaient une autre. Mais qu'est-ce que la parole d’un prisonnier? Un roi se doit de satisfaire les désirs de son peuple. Partager entre sa logique et sa morale il fut déchirer en son cœur. Le général lui imposa de rendre justice sur l'heure, le peuple aussi.

     

    Silence! tonna le roi de sa voix imposante. Générale, je comprends votre fureur. Mais je reste votre roi et vous n'avez nullement l'autorité de me dicter ma conduite ! (puis s'adressant au peuple) quant à vous, sachez que la colère n’a aucune lucidité, on ne peut compter sur elle pour rendre justice. Tout comme le vôtre, mon cœur est meurtri de rage, c'est pourquoi je me garderais de rendre justice ce soir. Demain quand le soleil sera haut dans le ciel, nous ferons un procès". Et la foule se dissipa sur ordre du roi.

     

     

     

    Les heures passèrent .Le jour se lèvera bientôt sur les collines de l'Imerina. Ce fut une nuit d’angoisse. Le roitelet savait que pour la pérennité de son trône il devait faire abstraction de lui-même et  obéir aux normes, parfois injustes et irrationnelles, établis par les aïeux depuis des lustres.  Dans ce cas un jugement par le tangena lui semblait inévitable. En effet, pour décider de l'innocence ou non d'un présumé coupable, il était de rigueur qu'il avale un poison, puis le vomisse. S'il réussissait à le vomir, c'était signe que les dieux, le jugeant innocent, lui accordaient la vie ; S'il mourait c’est la punition divine pour sa culpabilité. Il ne voyait nullement quelle justice serait rendue par ce procédé et portait un dégout secret pour tous les cultes qu'il jugeait être une entrave dans l'accomplissement de la justice et qui ôte toute sens moral.

     

    Perdu dans ses rêveries, il ne se rendait point compte que ses pas le conduisaient sur les lieux du crime. Peut-être inconsciemment cherchait-il des éléments qui l'aideraient à établir la vérité. Et observant la case des prisonniers de guerre il vit des hommes et des femmes recluses.

     

     

    Sa vue s'attacha sur une femme. Une prisonnière qui l’avait captivé lors de la longue marche de retour après la bataille. Tous, dans la case semblaient lui témoigner mille respects. On lui parlait avec respect, on l’abordait avec estime. Était-elle de sang bleu, certainement se dit-il. Cette princesse déchue ne perdait point en noblesse ; Elle avait dans le regard une certaine fermeté, de tout son être émanait  une grande bravoure qui donnait à son aspect une finesse sans égale. Elle lui inspirait une étrange indifférence. « Ce soir se dit-il, une princesse de plus a perdu sa couronne, les aléas de la vie te l’ont ôté, et alors? Avant toi, d’autres ont vécu ce malheur, après toi d’autre la subiront. » La grandeur de cette prisonnière était des pétales dorés qui tombaient tristement sur la rudesse d’un rocher sans pouvoir y pénétrer.

    Un procès équitable devait avoir lieu. Il avait une impartialité sans bornes, un sens de la justice très affiné, cette nature le poussait à l’objectivité la plus complète. (À suivre)

     

    A Razafy

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  • Un Défenseur Puissant 

    (1ère partie)

    Le roitelet, leva sa coupe. Une coupe venant de l’autre côté des mers qu’un homme  blanc avait offerte à son grand-père en guise de paix. Il but à pleine gorgée en guerrier  euphorique  d’une victoire récente .En face de lui, ses  fidèles soldats, reconnaissant,  déversaient  le vin sur le sol en hommage aux dieux. Mets succulents, danses, chants  et des mélodies traditionnelles étaient à l’ordre du jour, tous était en liesse. A  sa droite, les généraux faisaient bonne chère ; entourés de concubines,  et narraient leurs exploits guerriers avec une vantardise sans bornes au contour hyperbolique. Cependant, ils furent si bien narrés que tous burent leurs paroles avec un dogmatisme unanime.  Les femmes préparaient les mets les plus délicieux : du riz arrosé de miel, et de la viande de bœuf dont le sang vient d’être versé en sacrifice aux ancêtres, étaient cuits avec   soin  pour  tous les convives. Un beau sourire rayonnait sur toutes les lèvres.  La musique résonnait jusque dans les collines des environs. Ces festivités furent  un repos des plus mérités du guerrier fourbu de la conquête.  Le roi à la table d’honneur  observait les fastes de ses sujets. L’atmosphère festive de ce jour est bien différente de la veille. Des informateurs étaient venu à la hâte lui annoncer qu’un village voisin projetait  une attaque surprise afin de conquérir ses terres , piller ses sujets et  faire périr tous les sangs bleus. Alarmé, il ameuta sa troupe et fit une offensive préventive  qui aboutit à la victoire .Ainsi il conquit  le royaume du sud; et le butin qu’il en avait ramené l’enrichi plus qu’il ne le fut déjà.

      Las, il se dirigea vers sa case.  Dans la solitude de ce havre il soupira de tristesse et se dirigea vers une malle en bois de rose que la reine lui avait offerte le jour de son couronnement. Le futur roitelet était alors en deuil de la perte de son grand-père, la reine  le pris à part et lui avait expliqué qu’être monarque c’est jouer un rôle, cacher ses émois et tâcher de paraître en tout temps avec un visage inflexible. Toutes signes de faiblesse nuiraient à sa royauté et remettraient en cause son autorité. Notre roitelet s’appliqua alors à être ferme, autoritaire et   avait, avec le temps, appris à soumettre tous ses sujets et à les diriger avec une poigne de fer. C’est ainsi qu’il gagna l’estime et l’obéissance de tous. Mais quant à ses victoires, quant à la prospérité de son royaume  il les avait acquises grâce à des habiletés particulières que ni la reine, ni les ainés,  n’avaient en lui cultivés.  Le secret de ses entreprises avait pour source le contenu de cette mystérieuse malle qu’il gardait jalousement.

    Un bruit retenti au dehors, un cri, puis des tumultes l’arrachèrent à ses rêveries. (À suivre)

    Par A Razafy

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